La Thangka comme art religieux sacré

Les Thangkas font partie de l’art sacré bouddhiste tibétain, même si cette notion de sacré est impropre dans ce contexte  où n’existe pas la scission sacré/profane du monde occidental .

« L’art sacré prend de nombreuses formes, visuelles figuratives ou abstraites, sonores, verbales et musicales (poésie, chants, musique.). Il est là avec ses règles et son esthétique propre pour accompagner, évoquer, inspirer, accroitre les multiples sentiments qui accompagnent la pratique religieuse et les manifestations de la spiritualité : exprimer la foi, susciter le dépassement des limites, créer ou évoquer le lien avec le supra mondain à travers le Beau ou le Terrible, exprimer la ferveur des fidèles, induire l’extase, figurer l’amour, la compassion ou le courroux … Il est le médium entre le visible et le dicible d’une part et l’indicible et l’invisible d’autre part » 

Ph Cornu. Histoire des religions Ed Rangdrol.

« Ce n’est pas le produit qui fait que l’art est sacré. C’est l’artiste, et le processus qu’il suit pour faire de l’art, qui en font une expression de qualités éveillées. (…)  Si l’inspiration vient de la source, son expression apportera une transformation et conduira l’artiste vers un nouvel endroit. Nous devons veiller à ce que l’art que nous faisons ne soit pas uniquement le produit de notre agitation et notre confusion, de notre tension et de nos limitations, c’est-à-dire de pur ego. Le fondement de l’art sacré est notre connexion à l’espace de l’être, à la lumière de la conscience et à la chaleur de la compassion : le refuge intérieur »

Tenzin Wangyal Rimpoché. Créativité Spontanée
Ed Claire Lumière.

L’image est porteuse de pouvoir, elle est une émanation de ce qu’elle représente.

Il y a plusieurs attitudes face aux images religieuses :
Pour certains, il s’agit d’une œuvre d’art.
Pour d’autres, pratiquants du Vajrayana, les thangkas sont le support d’une pratique intérieure, et sont également utilisées lors de rituels, déroulées lors des grandes cérémonies (on déroule des Thangkas géantes lors des enseignements du Dalaï Lama).
Pour d’autres encore, les images des Bouddha et des bodhisattvas (« guerriers pour l’éveil ») sont le soutien de la Foi en l’enseignement (le dharma) du Bouddha.  L’image a là un rôle fondamental de rappel, et les tibétains évoluent depuis leur enfance dans ce monde de divinités et ne se posent pas de questions sur sa nature, éprouvant une dévotion naturelle pour ces figures.

Selon la loi de cause à effet, toute graine semée porte inéluctablement son fruit. Percevoir l’image de Bouddha, c’est la première étape, avant que ne se dévoile en soi la graine de la bouddhéité.

Le pouvoir de la représentation est renforcé par la présence du mot : les tangkas ne peuvent être efficaces que si, à leur dos, en correspondance avec le front (OM), la gorge (AH), et la poitrine (HOUNG) sont tracées les syllabes dites « germe » (son fondamental d’où émerge la divinité) OM HA HOUNG, syllabes de consécration, par un lama. L’image est ainsi animée par le mot.

« La notion religieuse a précédé l’art et lui a donné le branle, mais aussi s’est incontestablement précisée et réalisée en lui, par lui elle a connu objectivement ce qu’elle contenait en puissance. L’art a rendu à la conscience religieuse bien plus que ce qu’elle avait mis en lui. » P Mus in  Vers l’art sacré du Tibet. Ed Claire Lumière

« Les divinités telles que nous les voyons représentées ne sont pas sur le plan de leur essence des individualités supérieures, vivant dans des mondes éloignés, et se portant parfois au secours des humains, même si sur le plan de leur manifestation elles peuvent paraitre telles. En vérité, si nous réalisons la vraie Nature de notre Esprit, les divinités se révèlent comme n’étant pas différentes. Tant que nous ne la réalisons pas, tant que nous vivons dans la dualité moi/autre, les divinités entrent d’une certaine manière dans le jeu de cette dualité et il s’établit une relation entre ces deux pôles de la manifestation : moi et la divinité. (..)

Si nous voulons comprendre la véritable nature des divinités, il est indispensable de nous souvenir constamment des deux degrés de vérité :

  • La vérité« ultime » au-delà des notions de sujet et d’objet, au-delà des concepts et de mots, vérité toujours présente et toujours vraie mais dont les êtres ordinaires ne font pas l’expérience
  • La vérité relative « fausse » en essence mais « vraie » pour les individus qui l’expérimentent, vérité fondée sur la perception fallacieuse d’un sujet et d’un objet, d’un moi et d’un autre.

Ainsi la véritable divinité est-elle la Nature de l’Esprit telle qu’elle est, libre de toute élaboration psychique, débarrassée de toute erreur et de toute illusion, de sujet et d’objet. Pourquoi cette Nature de l’Esprit est-elle dite divine ? Parce qu’elle est sans souffrance, pure de toute perturbation, parce qu’elle est au contraire félicitée supérieure. Ce bonheur diffère des bonheurs relatifs que nous pouvons expérimenter dans le monde ordinaire. Ce n’est pas en effet un bonheur transitoire, dépendant des objets, dépendant de la relation d’un « moi » et d’un « autre », mais un bonheur inhérent à l’esprit lui-même, au-delà de toute dualité, bonheur que ne saurait altérer aucune crainte, ni aucune souffrance. Ce bonheur immuable, telle est la divinité ».

Bokar Rimpoché Tara, le divin au féminin. Ed Claire Lumière

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« D’abord il faut voir. Les projections sont nécessaires pour que vous puissiez travailler sur vous-même. Une fois que vous vous êtes mis correctement en relation avec vos projections, clairement et profondément, quand vous avez vu les choses telles qu’elles sont, vous commencez à regarder, à scruter. Le regard découvre toutes sortes de qualités aux choses telles qu’elles sont, il va de subtilités en subtilités, il observe les couleurs, les détails fantastiques des choses telles qu’elles sont. Dire qu’il faut voir pour regarder est un énoncé tantrique. Il peut arriver que nous regardions pour voir. Nous regardons d’abord et nous avons un aperçu d’une beauté fantastique. (..)

L’approche bouddhiste de la perception des phénomènes consiste à voir pour regarder, pas à regarder pour voir »

Chögyam Trungpa Rimpoché. Tantra. La voie de l’ultime
Ed Points.

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joyau du coeur